Jeudi 12 février 2009

 

Les inconvénients. (Guillaume)

La politique de production massive d’agrocarburants est jugée « crime contre l’humanité » par Jean Ziegler, le rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation

 

1. Conséquences sociales

Une question morale se pose : Est-il décent d’utiliser de la nourriture pour faire rouler nos voitures quand plus de 3 Milliards de personnes dans le monde souffrent des conséquences de la sous-alimentation ? (c’est vrai ça, c’est pas gentil)

 

D’après un rapport de la Banque Mondiale, effectué par l’économiste Don Mitchell, et dévoilé par le journal anglais The Guardian, les biocarburants seraient responsables de 75% de l’augmentation globale du prix des céréales depuis 2002 Les prix moyens des matières premières alimentaires ont augmenté de 140% depuis 2002, cela porte donc la responsabilité des biocarburants à 105%. Le Gouvernement Américain, de son côté, déclare que seuls 3% sont dus à la culture des biocarburants, la crise alimentaire étant imputable à la demande croissante en nourriture des pays émergents, notamment l’Inde et la Chine. Mais le président Bush et son gouvernement ont d’énormes intérêts économiques à défendre les biocarburants, cela permettant notamment aux USA de s’affranchir partiellement de leur dépendance aux les pays pétroliers du Golfe Persique, et on comprend qu’ils manquent d’objectivité pour juger des conséquences de leurs activités. La Banque Mondiale n’a d’ailleurs pas publié son étude afin de ne pas déranger le puissant pays. D’après celui-ci, la transformation des aliments, le délaissement des terres vivrières pour cultiver les agrocarburants, et la spéculation, qui a indexé le prix des denrées alimentaires sur celui du pétrole, sont les trois principaux facteurs de la hausse des prix et de la crise alimentaire.

D’après la Banque Mondiale, la consommation calorique des populations les plus pauvres se réduit de 0.5% chaque fois que les prix des principales denrées alimentaires augmente d’1%. Par un calcul simple on peut donc déduire que la culture des biocarburants est responsable de la baisse de 52.5% de la consommation calorique de ces mêmes populations.

Dernièrement, la tentative d’utilisation du manioc pour les biocarburants est particulièrement inquiétante pour les plus démunis. En raison de sa forte concentration en amidon, cette plante est très intéressante pour produire du bioéthanol, par exemple. Le manioc nourrit 200 Millions d’habitants de l’Afrique subsaharienne. L’utilisation de cette racine montre un cynisme et une absence totale de scrupules impressionnants de la  part des éthanoliers.

Mais cette simple statistique suffit à faire prendre conscience de l’injustice et du crime contre l’humanité que représentent les biocarburants : Le plein d’un 4x4 à l’éthanol pur consomme 200kg de maïs, soit assez pour satisfaire les besoins alimentaires d’une personne pendant une année. On comprend donc la vanité des paroles de ceux qui prétendent remplacer durablement le pétrole par les biocarburants.

“Le sucre et l’alcool brésiliens sont imprégnés de sueur, de sang et de mort”, dénonce Maria Cristina Gonzaga, chercheuse au ministère du Travail. Selon ses calculs, au cours des cinq dernières années, le travail dans les champs de canne à sucre a fauché la vie de 1 383 travailleurs. “Le coupeur de canne espère qu’on fabriquera une machine”, raconte Miguel Ferreira, président du Syndicat des travailleurs ruraux de la canne à sucre de Jaboticabal, dans l’Etat de São Paulo, région d’où proviennent 60 % de la production nationale d’alcool et de sucre. Miguel lui-même été coupeur de canne pendant six ans et a produit, tout comme ses semblables, 6 tonnes de canne par jour. “Aujourd’hui, on demande aux travailleurs de produire au moins 10 tonnes de sucre par jour. Aucun homme ne peut tenir”, assure-t-il. Selon l’université fédérale de São Carlos, pour couper 10 tonnes et gagner 24 reais [environ 9 euros], il faut parcourir près de 9 kilomètres à pied entre les cannes. Cela n’est  pas une conséquence directe mais découle de la recherche du profit et du rendement maximaux intrinsèquement liés depuis le début à la culture des agrocarburants .

 

Le bilan énergétique n’est pas brillant. Il est seulement de 1.2, ce qui veut dire que pour obtenir 1 litre de bioéthanol il faut en bruler 1.2l. C’est mieux que celui de l’essence (0.8) mais reste insuffisant.

Mais dans tous les cas, la culture et l’utilisation des agrocarburants rendent le terme « bio » quelque peu inapproprié

En effet, les conséquences écologiques sont très mauvaises, pour une énergie qualifiée de « propre ». Après transformation des céréales en éthanol ou en huile, il reste de nombreux déchets, or ces déchets produisent du méthane. On est incapable de connaître les quantités exactes dégagées, mais le méthane est 23 fois plus polluant que le CO2. Si l’on ajoute à cela que pour 100kg ce qui rend la perspective du remplacement du pétrole par les agrocarburants dans un but écologique quelque peu illusoire.

Un hectare de culture de tournesol en bio produit environ 600 litres d'huile brute, utilisable dans un moteur diesel. Pour prendre l’exemple de la France, on y consomme annuellement environ 40Mt en carburants pour les transports. Pour satisfaire les besoins, il faudrait  cultiver 80Mha de tournesol, or les terres agricoles  représentent au total 30Mha... En utilisant 25% des  terres agricoles, on pourrait produire 4Mt de biocarburant, soit dix fois moins que la consommation actuelle... Une mondiale de l’usage des biocarburants pour l’ensemble du parc automobile mondial supposerait un besoin énorme de nouvelles terres. Cela entrainerait inévitablement une nouvelle vague de déforestation massive, comme c’est déjà le cas au Brésil notamment. Or, la déforestation est dès à présent responsable de l'émission de 2 Gt de carbone supplémentaires par an. Ce serait donc un désastre écologique.

La culture des agrocarburants provoque aussi des monocultures : en effet, il est plus rentable pour un paysan, avec tous les avantages (subventions, taxes moins importantes) de cultiver seulement du colza (ou tournesol) tous les ans plutôt que d’alterner avec les produits alimentaires moins rentables car trop chers. Certains sont mêmes liés par des contrats à des firmes, pour cinq ou dix ans et doivent fournir la même plante tous les ans. Le sol est donc appauvri, ce qui a des conséquences très importantes sur les écosystèmes locaux et fini à long terme par rendre les terres infertiles et ruiner leur propriétaire. Cela a, à court termes, pour conséquence la nécessité d’utiliser de plus grandes quantités d’engrais et de pesticides. En effet le sol étant plus pauvre, les végétaux sont plus faibles et peuvent moins bien se défendre contre les parasites. La plupart des engrais actuels sont sont des engrais azotés, qui dégagent du protoxyde d’azote, gaz qui a un efffet de serre seulement 300 fois supérieur à celui du CO2. Le problème de l’utilisation de ces engrais n’est pas propre aux seuls agrocarburants, mais la culture de ceux-ci est celle qui en utilise le plus pour des raisons simples à comprendre : contrairement à l’agroalimentaire, il n’y a pas de limite pour les pesticides. En effet, à moins de boire du bioéthanol, personne ne fait d’intoxication alimentaire aux agrocarburants. Seulement, Les conséquences à long terme sont désastreuses (pénétration des nappes phréatiques, accélération de la déterioration des sols). En Bolivie, par exemple, la monoculture de palme a un effet desastreux sur le pays. Dans quinze ans, 98 % des forêts pluviales d’Indonésie et de Malaisie ne seront plus qu’un souvenir, emportant avec elles de nombreuses espèces sauvages victimes de la destruction de leur habitat. Pourtant, ce sombre scénario était censé contenir une lueur d’espoir. L’huile de palme destinée à la fabrication de biocarburant devait représenter l’une des meilleures solutions contre le réchauffement climatique. Au lieu de quoi, des forêts sont aujourd’hui abattues dans une ruée effrénée pour la production de cette huile. Pour les écologistes, la récupération de terres pour le “carburant vert” n’est souvent rien de plus qu’une escroquerie, un écran de fumée derrière lequel s’effectue l’abattage des derniers arbres qui ont échappé aux coupes illégales. Dans un coin du Kalimantan, la partie indonésienne de Bornéo, les palmiers n’ont été plantés que sur 250 000 hectares, sur un total de 6 millions d’hectares de forêt destinés à l’huile de palme alloués par le gouvernement. “Si l’on regarde de près, les zones où les entreprises ont reçu l’autorisation de planter des palmiers sont celles qui sont occupées par des forêts à haute valeur écologique”, note Willie Smits, le fondateur de SarVision, un service de cartographie par satellite qui établit la carte du recul de la forêt pluviale. « Mais tout ce qu’elles veulent, c’est le bois, et elles n’ont aucune intention de planter quoi que ce soit ». 

Conclusion  

Si nous voulons remplacer les carburants actuels par des biocarburants de façon durable et viable,  il est impératif de repenser complètement toute la chaîne de fabrication de façon écologique et humaniste, et pas seulement du point de vue financier, en recherchant toujours le rendement maximal, et en laissant quelques individus profiter de cette nouvelle opportunité commerciale. Cette fois-ci, des vies, des vies humaines sont en jeu

 

 

Par Weeds - Publié dans : Les biocarburants : Inconvénients
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